Ève Gilles, Miss France 2024 : « Je n'ai pas choisi mon corps mais j'ai choisi le naturel »

Ève Gilles, Miss France 2024 : « Je n'ai pas choisi mon corps mais j'ai choisi le naturel »
Video miss france 2024 eve gilles

Les fans - et TF1 - le savent : jusqu’au dernier moment, tout peut basculer. Instant crucial, celui où les candidates prennent la parole. Pic de stress pour les unes, pic d’audience pour les autres. On a beau avoir la plus saillante crinière, le déhanché le plus sexy ou la jambe la plus fuselée, la moindre formule maladroite peut valoir condamnation définitive. Au contraire, une bonne punchline, et c’est le triomphe.

C’est d’ailleurs ainsi que s’est joué le destin de Miss Nord-Pas-de-Calais. Le public préférait Miss Guyane, mais le jury 100 % féminin, présidé par Sylvie Tellier, a été conquis par le discours d’Ève Gilles. « J’aimerais montrer que le concours et la société évoluent. Personne ne doit vous dicter qui vous êtes. Le changement peut parfois faire peur mais il fédère aussi […]. Et au cas où vous auriez un petit doute, la couronne tiendrait très bien, même sur des cheveux courts. » Sa coupe garçonne a beau faire débat depuis son élection régionale, Ève Gilles ne coupe pas les cheveux en quatre, quitte à décoiffer Jean-Pierre Foucault (29 Miss au compteur…).

Quelques heures après son sacre, la jeune femme de 20 ans demande déjà à changer de sujet. « J’espère ne pas être résumée à une coupe de ­cheveux. Je ne suis pas que ça », nous confie-t-elle alors qu’elle entre dans son règne par la rituelle première journée marathon. En promo, tous les codes Miss France soudain rassemblés : séance photo dans un hôtel de luxe, robes de princesse et maquillage au cil près.

Concours de beauté : un joyau français au volant d’un bijou anglais.

Face à l’objectif, la nouvelle recrue ­surprend encore. Bandeau, perles et plumes : avec une aisance déconcertante, elle pose en tenue des Années folles dans une Rolls-Royce Phantom des années 1930. Décidément, « casser les codes de la féminité » est son mantra. Quelques poses au bar Kléber du Peninsula Paris et un rapide jeu d’épaule sur les toits du palace suffisent à rassasier le photographe. Est-ce le froid de cette matinée à 2 °C, l’attachée de presse qui compte les minutes jusqu’au prochain rendez-vous ou simplement le talent du modèle ? Tout cela à la fois sans doute. Notre reine de beauté est peut-être novice mais elle a tout d’une pro. Ce qui ne l’empêche pas de jouer l’humilité : « Je n’avais jamais fait de mannequinat avant. C’est parce que j’aime ce que je fais… que j’y arrive. »

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Donc, cette passionnée de danse, parce qu’elle « adore la scène », capte la lumière comme personne. En combinaison de cuir sur « Allumez le feu », le soir de l’élection au Zénith, ou en robe bustier lors du shooting du jour d’après, Ève Gilles bouge avec grâce tandis que son regard crie la détermination… tranquille : « Je ne me voyais pas autrement qu’avec la ­couronne sur la tête. J’y ai cru jusqu’au bout. »

Avec ses deux sœurs qui ont six et dix ans de plus qu’elle.

Il a pourtant fallu la convaincre pour qu’elle se lance dans l’aventure, elle qui menait de sérieuses études de mathématiques à Lille, dans l’espoir de devenir statisticienne. « J’avais commencé par médecine mais ça ne me plaisait pas, donc j’ai travaillé à l’usine quelques mois et j’ai changé de voie. »

Ève incarne la nouvelle ère du concours, où la personnalité compte autant que la plastique

De l’usine à Miss France, c’est son grand-père réunionnais qui lui a fait franchir le pas. « J’en rêvais petite fille. Puis j’ai eu le déclic, je me suis dit : “Ève, t’es bien dans ta tête, t’es bien dans ton corps, fonce, c’est le moment !” » Modernisé, le concours n’impose plus ni limite d’âge ni de poids et les candidates peuvent être mariées, mamans et même… tatouées. Seule exigence, mesurer au minimum 1,70 mètre, ce qui ne posait pas problème à Ève Gilles, même si elle incarne la nouvelle ère du concours, où la personnalité compte autant que la plastique.

Bien avant la coupe garçonne, déjà tout d’une Miss.

« Évidemment, le physique compte, mais en ce qui me concerne, il y a aussi un critère d’énergie, confiait Sylvie Tellier, ex-patronne des Miss et présidente du jury 2024 à la veille de l’élection. Une jeune femme énergique sur scène, qui a l’œil qui pétille, qui s’exprime de façon fluide, qui est ambitieuse… J’y fais attention. » On imagine aisément à qui elle a donné son vote…

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Même son de cloche du côté de Cindy Fabre, Miss France 2005, promue directrice du concours national. « Au-delà du concours de beauté, c’est un concours de développement personnel », commentait-elle en coulisse lors des répétitions. Deux jours plus tard, alors qu’elle suit les premiers pas de sa nouvelle Miss, on la retrouve toujours aussi enthousiaste : « Les discours des filles étaient tops ! Chacune avait son petit truc, elles ont toutes abordé des sujets différents. » Ève a choisi de prendre la parole pour encourager les femmes à célébrer leur différence, quitte à se heurter aux critiques. Attaquée dès sa victoire en région, elle en sait quelque chose.

Si elle s’est préparée aux remarques désobligeantes sur sa coupe courte, elle n’avait pas anticipé les remarques sur sa silhouette jugée par certains trop filiforme. « Après la publication des photos en maillot de bain [prises lors du voyage préparatoire des candidates à l’élection de Miss France, en Guyane, en novembre], j’ai reçu énormément de critiques, de “body shaming”. On m’a trouvée trop mince, avec trop peu de formes, on a dit que j’avais l’air anorexique ! Mais je n’ai pas choisi mon corps. Les gens adorent critiquer sur les réseaux sociaux, mais ils ne se mettent pas à notre place. C’est mon métabolisme : je ne fais que manger ! En revanche, j’ai choisi le naturel. Si j’avais voulu plus de formes, je serais peut-être passée par la case chirurgie esthétique. Mais je veux montrer que j’assume. Non, je n’ai pas de poitrine, mais je n’en suis pas moins féminine. »

Malgré son assurance, et l’intervention de son comité régional, qui a joué les modérateurs sur les réseaux sociaux, la jeune Nordiste a été blessée par certains commentaires. « Je suis humaine, donc, ça fait mal… Mais ça n’a pas changé la suite de mon aventure, je ne suis pas du genre à abandonner face aux critiques. Je me suis justement dit que, si j’étais élue, ça me permettrait d’en parler, de faire une mise au point et d’avoir un discours plus ferme. » C’est exactement ce qu’elle a fait le 16 décembre, face aux 5 000 spectateurs du Zénith et aux 7,5 millions de téléspectateurs. Et c’est ce qu’elle continue de faire au premier jour de son règne, devant les journalistes.

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Si Ève Gilles s’exprime avec confiance, elle jette parfois des coups d’œil incertains à sa nouvelle attachée de presse lorsqu’elle évoque son envie de révolutionner la fonction. Porter un smoking - et non une robe - pour son entretien de présélection, mettre en avant sa silhouette fluette et sa coupe courte, répondre aux détracteurs sans peur de faire vaciller sa couronne : c’est fait. Mais la jeune Miss ambitionne d’aller plus loin. Prudemment toutefois.

« Tout ce que j’ai envie de faire, je devrais en parler d’abord avec la société Miss France. Je ne veux pas seulement m’adresser aux petites filles qui rêvent d’être élue Miss France, pas seulement aux femmes, mais à tout le monde. À toutes les personnes qui peuvent se retrouver en moi, même à certains hommes qui peuvent être touchés par les causes que nous soutenons. Miss France, ce n’est pas uniquement la représentation de la femme. Il y a des millions de manières de casser les codes. »

Il lui reste un an pour devenir virtuose dans un art difficile : le lancer de pavé dans la mare… avec des pincettes.